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La virtual production : une révolution nécessaire pour le cinéma et la télé québécoise

  • il y a 4 jours
  • 5 min de lecture

Le milieu audiovisuel québécois a beau avoir du talent à revendre, il commence sérieusement à ressembler à quelqu’un qui essaie de courir un marathon en gougounes. Les budgets rapetissent, les attentes du public ne baissent pas d’un pouce, et pendant ce temps-là, la concurrence internationale débarque avec des images léchées, des pipelines optimisés et l’air de dire : « vous faites encore ça comme en 2012? »


Dans ce contexte, continuer à produire comme avant n’a plus rien d’un gage de stabilité. Ça commence plutôt à ressembler à de l’acharnement affectif.


C’est là que la virtual production entre en scène. Pas comme un gadget techno pour impressionner la galerie. Pas comme le nouveau jouet préféré des grosses franchises qui brûlent des millions pour filmer une tasse de café sous huit angles. Non. Comme une transformation beaucoup plus profonde de la façon de concevoir, préparer et tourner une œuvre.


En gros, la virtual production permet de déplacer une partie du filmage dans des environnements numériques. Au lieu de courir les routes pour trouver quinze décors, de déplacer une équipe au complet à l’autre bout de la province ou de construire des structures physiques qui coûtent le prix d’un petit duplex, on recrée les lieux dans un moteur temps réel comme Unreal Engine, puis on les intègre directement au tournage.



Évidemment, quand on pense à la virtual production, on imagine tout de suite les immenses murs LED à la The Mandalorian. C’est spectaculaire, oui. C’est aussi pas exactement le kit de départ le plus réaliste pour une bonne partie de l’industrie québécoise. Ici, l’approche greenscreen est souvent bien plus pertinente. Plus légère, plus abordable, et parfaitement capable de livrer des résultats solides quand le pipeline en amont est bien pensé.

Et c’est justement là que tout se joue : en amont.



Concrètement, comment ça marche avec HIT FILM


  1. Création du décor virtuel

    • Des artistes créent avec l'IA un environnement 3D (ville, planète, intérieur, etc.).

    • Ce décor peut être transféré dans Unreal Engine, Blender, Maya, etc.

  2. Tournage sur fond vert

    • Les acteurs jouent devant un grand écran vert (ou bleu).

    • Idéalement quelque éléments de décor réel pour maximiser l'illusion, et des accessoires.

  3. Tracking caméra

    • La caméra est équipée de capteurs pour enregistrer ses mouvements (position, angle, focale).

    • Ça permet de recréer exactement ces mouvements dans un logiciel 3D.

    • Le réalisateur peut voir un aperçu en temps réel des acteurs dans le décor et ajuster l'éclairage.

  4. Compositing (postproduction)

    • On enlève le vert (keying).

    • On remplace par le décor numérique.

    • On ajuste lumière, ombres, profondeur pour que tout soit crédible.



Parce que la vraie révolution de la virtual production ne commence pas sur le plateau. Elle commence bien avant, au moment où l’on décide à quoi le projet va ressembler. Là où, autrefois, les choix visuels demandaient des semaines d’allers-retours, de références floues, de moodboards un peu abstraits et de « on verra en post », l’intelligence artificielle permet désormais d’accélérer drastiquement le processus.


À partir de là, deux grandes avenues s’ouvrent pour fabriquer les décors virtuels :


La première repose sur un pipeline largement propulsé par l’IA. On génère des images, on les améliore, on les structure, puis on les convertit en environnements 3D grâce à des approches comme le NeRF ou le Gaussian splatting. Pour les univers stylisés, hybrides ou carrément impossibles à construire dans la vraie vie, c’est redoutablement efficace. On peut créer des lieux cohérents, riches et immersifs sans devoir mobiliser une armée de modeleurs pendant des mois.


Pipeline de production :

IA de génération de photo -> IA de retouche de photo -> IA de modélisation 3D -> Intégration du décor virtuel dans le studio greenscreen



La deuxième avenue, consiste à capturer le réel pour le transformer en ressource numérique. Avec des capteurs LiDAR, des caméras 360 pro et un bon pipeline de numérisation, il devient possible de scanner un lieu existant puis de le réutiliser autant de fois qu’on le souhaite. Un appartement, une ruelle, une forêt, une cour d’école, un bâtiment patrimonial : tout cela peut devenir un décor virtuel réexploitable sans avoir à renégocier l’accès, espérer une météo clémente ou déplacer une équipe dans un autre pays.




Autrement dit : on ne retourne plus nécessairement sur place. On emporte le lieu avec soi.

Une fois ces environnements intégrés à un moteur temps réel, le tournage change de nature. Sur un plateau greenscreen, les interprètes évoluent dans un espace physiquement vide, oui, mais techniquement déjà habité. Grâce au tracking, les mouvements de la caméra réelle sont synchronisés avec ceux d’une caméra virtuelle dans le décor numérique. L’angle change, le fond suit. La perspective se met à vivre. L’éclairage peut être ajusté en fonction du lieu final. Et le réalisateur n’est plus condamné à imaginer vaguement ce que « ça va donner plus tard ». Il le voit!


Pas dans six mois. Pas après quinze allers-retours avec la postproduction. Là. Sur le plateau. En direct. Et ça, pour un processus créatif, ce n’est pas un détail. C’est un changement de paradigme.


Moins de décors physiques à bâtir. Moins de déplacements à organiser. Moins de journées perdues à attendre qu’un nuage se tasse ou qu’un camion arrive enfin au bon endroit. Des équipes plus compactes. Une logistique mieux maîtrisée. Et, surtout, une postproduction moins écrasée par la tâche de « sauver » ce qui aurait pu être réglé avant.


Certaines structures de production traînent encore une lourdeur héritée d’un autre modèle. Un modèle où les marges permettaient plus d’improvisation, plus de friction, plus de couches, plus de « on s’ajustera ». Aujourd’hui, cette lourdeur coûte cher. En argent, en énergie, en souplesse et, parfois, en ambition.


La virtual production offre justement une façon plus agile de penser tout ça.

Elle permet de viser plus haut sans forcément dépenser plus bêtement. De créer des univers plus vastes sans quitter le territoire. De simuler l’ailleurs sans faire exploser le transport, l’hébergement et les journées de plateau. De mieux arrimer la vision artistique aux réalités de production. Et, surtout, de développer des œuvres capables de voyager davantage, parce qu’elles peuvent assumer une signature visuelle plus forte tout en restant économiquement viables.


Dans un petit marché, cette combinaison entre qualité, contrôle et efficacité n’a rien d’un luxe. C’est presque une condition de survie.


Et non, ça ne veut pas dire que tout doit devenir artificiel, lisse ou désincarné. Ça veut simplement dire qu’on peut arrêter de traiter la technologie comme un extra de luxe ou une fantaisie de salon futuriste. Pour le cinéma et la télévision québécoise, elle devient un outil concret pour continuer à raconter grand, même quand les moyens, eux, ne grandissent pas.

Bref, la virtual production n’est probablement pas une mode passagère. C’est plutôt ce moment un peu inconfortable où une industrie comprend que ses vieilles méthodes sont devenues plus coûteuses que ses nouvelles résistances.


Et si on veut encore fabriquer des images ambitieuses sans vendre un rein par épisode, il serait peut-être temps d’arrêter de regarder la révolution passer… et de monter dans le train.

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